• UGICT CGT Article sur la FDE (Revue Options)

    Un article publié dans la revue Options (N° 579 sept. 2012), mensuel de l'UGICT-CGT (ingénieurs, cadres, techniciens)

    ENSEIGNANTS Formation-recrutement : Une légitime impatience...Valoriser les métiers d'enseignant, c'est leur redonner un contenu professionnel, académique, pédagogique à la hauteur de leurs missions. Donc remettre à plat les formations, le recrutement et le prérecrutement. Il y a urgence ; l'école ne se "refondera" pas sans enseignants ! Philippe PÉCHOUX (CGT éduc’action)

    Le niveau master, oui... mais pas la « mastérisation à marche forcée », dont on n'a pas fini de mesurer les dégâts. Le passage du recrutement des enseignants et des conseillers principaux d'éducation (Cpe) de la licence (bac plus trois) au master (bac plus cinq) a surtout été l'occasion pour le ministre d'affecter les lauréats des concours comme « stagiaires » à plein temps devant les élèves, sans formation ! Cela s'est traduit par de nombreuses démissions de stagiaires (jusqu'à 10% dans certaines académies), faute de rencontrer un soutien au quotidien pour assumer la charge de travail, la tenue de classes difficiles ou la transmission des savoirs. Un bizutage institutionnalisé indigne d'un ministère dit de l'Éducation, qui a en fait permis de supprimer seize mille équivalents temps plein, soit autant de moyens qui auraient été les bienvenus pour accompagner les jeunes enseignants, en permettant les décharges de service, par exemple, ou le contact avec des formateurs. Le nouveau ministre, à l'instar du rapport du Sénat publié à la mi-juin (cf. page20-Ndlr), a réaffirmé qu'enseigner ce n'est ni une vocation, ni un sacerdoce, ni un passetemps qui s'improvise : c'est un métier, et cela s'apprend. Reste qu'il y a urgence à reconstruire une formation professionnelle digne de ce nom et à faire en sorte que ce métier redevienne attractif aux yeux des jeunes...

    Premières mesures ministérielles ? De ce point de vue, les attentes sont pour l'instant quelque peu insatisfaites ! Sous prétexte d'urgence et de difficulté à recruter en trois mois, le cahier des charges de la formation instauré par Luc Chatel a été reconduit à l'identique. Si mille postes ont été créés dans le premier degré, principalement par recrutement sur liste complémentaire, et quelques centaines dans le second degré, on est loin du compte. L'Éducation nationale « rend » encore treize mille postes cette année ! Les stagiaires auront pour leur part le droit à une décharge de trois heures de cours sur dix-huit dans le second degré, ils seront donc en poste quinze heures par semaine, et ceux du premier degré n'auront aucune décharge. Rien qui leur permette de disposer du temps nécessaire pour se former. Pour mémoire, les stagiaires, avant la réforme, avaient un tiers temps devant élèves pour deux tiers temps de formation ! Certes, les concertations en cours depuis le début de juillet doivent déboucher sur une nouvelle loi d'orientation pour l'école, texte de refondation du projet éducatif dans lequel la formation initiale et continue doit avoir toute sa place. Les syndicats d'enseignants ne manquent pas de revendications en la matière !

    La Cgt Educ'Action propose...

    Nous revendiquons un concours au niveau de la troisième année de licence et deux années de formation en master comme fonctionnaire stagiaire payé, avec une prise en charge progressive et accompagnée de l'enseignement dans les classes. Il faut du temps pour devenir enseignant ! Du stage d'observation à la responsabilité devant une classe, des constructions de «progressions» aux retours d'expériences entre pairs, tout est possible en matière de formation, mais chacune des étapes doit faire l'objet d'objectifs et de bilans partagés. Cela implique une formation de haut niveau avec des universitaires, des maîtres formateurs reconnus, une réflexion commune des jeunes enseignants, des acteurs et formateurs, du point de vue pédagogique comme disciplinaire, sur le continuum entre école, collège, lycée, et sur les conditions d'une orientation positive pour chaque élève. Cela nécessite un réseau d'écoles et d'établissements impliqués dans l'accueil des stagiaires, et non comme aujourd'hui une affectation sur des postes souvent difficiles.

    Nous souhaitons donc que les nouvelles Écoles supérieures du professorat et de l'éducation qui remplaceront les IUFM soient ouvertes à tous les personnels de l'éducation (administratifs, assistantes sociales, infirmières...) et coordonnent la formation entre le terrain et la « théorie ». Sur le plan pédagogique, nous voulons que tous les élèves accèdent à un niveau de connaissance «émancipateur» et non restrictif, nous rejetons donc l'idée du « socle commun » tel qu'il nous a été imposé lors du dernier quinquennat, tout comme l'évaluation par compétences et l'ensemble des transpositions à l'école d'une conception managériale, libérale et concurrentielle, incompatible avec un projet d'école laïque et libératrice.

    Les prérecrutements. Nous sommes très attachés à la démocratisation des recrutements et conscients que la «mastérisation» a aggravé la sélection sociale dans l'accès aux métiers d'enseignant. Nous militons pour un recrutement «précoce» (fin de licence). Le développement d'allocations d'études pour les prérecrutés devrait pouvoir épargner aux étudiants les plus modestes le recours à des petits boulots. C'est pour cela que la Cgt rejette le projet d'emploi d'avenir professeur, contrat précaire, de droit privé et qui ne garantit pas l'accès à une formation de qualité. Cela ne suffira pas à rendre attractif ce beau métier ! Il faut aussi penser des voies d'accès pour des « secondes carrières » dans l'éducation, prenant en compte l'expérience professionnelle dans le cadre de « cycles préparatoires», en particulier pour certains professeurs, de voies professionnelles et technologiques. Les vingt-deux mille postes annoncés pour 2013 - et pour les années suivantes - seront-ils pourvus ? La question de la ventilation de ces postes entre premier et second degré doit être affinée pour que les candidats puissent avoir une visibilité sur les besoins. L'étudiant qui entre en première année d'université doit pouvoir connaître les besoins en recrutement quand il sera en première année de master. Il faudra dresser un état des lieux par concours, certains s'avérant déficitaires depuis plusieurs années (mathématiques, certaines disciplines professionnelles). Il ne suffit pas d'afficher des postes pour recruter: la crise des recrutements durera si les salaires, les carrières, les conditions d'affectation des lauréats ne sont pas améliorées. Les non-titulaires. La Cgt a signé l'accord sur la résorption des personnels non titulaires et pense que le nouveau gouvernement doit aller plus loin en la matière. Les non-titulaires doivent tous être intégrés comme fonctionnaires titulaires à part entière. Leur expérience de terrain doit être complétée par une formation adaptée et modulaire, prenant en compte les besoins exprimés et une validation des acquis de l'expérience (Vae) pouvant déboucher sur des diplômes. Nous nous félicitons que le contexte politique semble vouloir faciliter le retour à la confiance et au dialogue social, mais si certaines annonces nous apparaissent plutôt encourageantes, l'effort nous semble trop timide et trop contraint par le cadre budgétaire pour permettre de répondre réellement aux enjeux. Nous comptons donc rester des interlocuteurs vigilants, exigeants et constructifs.


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