• - Lettre ouverte du département de français de l'IUFM de l'académie de Versailles

    Lettre ouverte du département de Lettres de l’IUFM de l’académie de Versailles
    issue de l’assemblée générale du samedi 16 novembre 2013


    Depuis plus d'un an, le ministère de l'éducation et le ministère de l'enseignement supérieur, conscients des enjeux considérables de la formation des enseignants dans le cadre d'une politique résolument tournée vers la jeunesse, impulsent la mise en place des ÉSPÉ qui devraient rendre effective une formation solide et cohérente.
    Le projet de l'ÉSPÉ dans l'académie de Versailles détermine donc directement l'avenir professionnel de milliers de futurs enseignants, depuis la maternelle jusqu'au lycée, mais aussi celui de milliers d'élèves, bénéficiaires au premier chef de la qualité de la formation de leurs enseignants. La question est donc cruciale et son impact social essentiel alors que beaucoup d'indicateurs peuvent inquiéter quant à la réussite scolaire des élèves français.
    Qu'en est-il de la mise en œuvre effective de l'ÉSPÉ de l'académie de Versailles, à l'heure où nous décidons de faire publiquement état de la situation, inquiets du flou du projet, de l'opacité dans laquelle il s'élabore et des dysfonctionnements qui se multiplient à cette occasion ?

    1. Alors que l'ampleur des enjeux appellerait une construction cohérente, associant dans la clarté les différents acteurs et au premier rang ceux dont l'expérience dans la formation est avérée puisque ce sont encore eux - formateurs de l'ex-IUFM - qui, de fait, la font vivre dans cette période de transition, le projet de l'ÉSPÉ de Versailles s'élabore depuis l'origine sans tenir compte de ces expertises.
    Nous constatons par ailleurs que la composition des groupes de travail repose toujours sur une représentation artificiellement égalitaire entre les 5 universités (auxquelles s'ajoute un institut), indépendamment du nombre d'étudiants formés et du nombre de titulaires impliqués dans tous les aspects de la formation, académique, didactique et professionnelle.
    Faut-il dès lors s'étonner que les différentes mentions de master n'aient été habilitées que pour un an ?
    2. La création d'une UFR d'éducation au sein de l'université de Cergy-Pontoise, présentée initialement comme une mesure protectrice dans une situation de concurrence interuniversitaire que nous n'avons ni souhaitée, ni entretenue, se révèle maintenant préjudiciable au potentiel didactique, à la formation des enseignants, et ce même sous une forme de composante dérogatoire, puisque seul 80% du potentiel contribuerait au budget de projet de l'ÉSPÉ : nous n'avons pas de garantie formelle sur la republication de postes d'enseignants-chercheurs libérés par des départs. Alors qu'il faudrait anticiper d'importants renouvellements générationnels, les recrutements de formateurs à temps plein se font de plus en plus rares et le projet existe de remplacer les enseignants à temps partagés (postes sur support universitaire) par des professeurs associés à la décharge variable d'une année sur l'autre (postes sur support rectoral). Les conséquences d'un tel choix seraient claires : du côté de la formation des enseignants, une instabilité qui fragiliserait toute construction de partenariats ou de réseaux de formateurs s'inscrivant dans la durée ; du côté de l'université intégrant l'ÉSPÉ, un potentiel de postes ainsi récupérables pour une politique propre à l'université elle-même, indépendamment de l'ÉSPÉ. Ce projet d'ÉSPÉ acterait ainsi l'éclatement des équipes, la perte de professionnalité et un morcellement renforcé des interventions dont les futurs enseignants ne pourraient que pâtir.
    3. Par ailleurs le projet de formation des enseignants dans une académie ne peut s'envisager indépendamment d'une politique des territoires, la formation devant s'efforcer d'être répartie sur l'ensemble de l'académie. Or alors que le nombre de postes au concours est en augmentation importante (environ 600 professeurs d'école par département), nous n'avons aucune assurance sur le maintien de la formation dans les locaux actuels, notamment à Saint-Germain et à Antony.
    Enfin, alors que dans le cadre d'une formation polyvalente pour les enseignants du premier degré, monovalente ou bivalente pour les professeurs de lycée général ou professionnel et de collège, les départements disciplinaires constituent des lieux de réflexion collective, de régulation des besoins et d'anticipation, leur existence n'est pas garantie dans les statuts en cours d'élaboration. En réduisant les équipes aux enseignants-chercheurs et aux « professionnels ». Le projet de l'ESPE semble ignorer le métier des professeurs de statut 1er ou 2nd degré, recrutés à l'université à temps plein pour la formation des enseignants, alors que les professeurs à temps plein ont un travail différent de celui des formateurs de terrain et différent de celui des enseignants chercheurs. Il est urgent d'affirmer en quoi ce métier est indispensable dans la formation des enseignants. Il est anormal que ces collègues voient leur carrière ralentie en l'absence d'inspection et que les formateurs du premier degré n'aient toujours pas d'existence règlementaire à l'université.
     

    Il ne s'agit là que des aspects les plus flagrants d'un pilotage de projet dont les aspects conjoncturels, aléatoires, minent de fait la réussite. Il conviendrait d'y ajouter la dégradation considérable des conditions de travail liées à la mise en œuvre d'une maquette de formation dans un calendrier très contraint, la date des oraux du concours exceptionnel qui réduit l'année universitaire, l'éclatement des services entre différents lieux, le cumul difficile et peu accompagné des formations en présentiel et à distance, la faible reconnaissance au référentiel de l'université des coordinations nécessaires pour harmoniser des formations dans les différents départements de l'académie alors qu'il est nécessaire de construire des descriptifs communs et des évaluations concertées.
    Confrontés à cette situation, soucieux de la réussite du projet de formation des enseignants dans l'académie de Versailles, il nous semble de notre responsabilité de porter à la connaissance des responsables de sa mise en œuvre dans les différents ministères, les dysfonctionnements que nous constatons et éprouvons chaque jour professionnellement.

    Sans doute avons-nous quelque légitimité à le faire. Formateurs de français du premier et du second degré général et professionnel, à temps plein et à temps partagé, enseignants-chercheurs en littérature, sciences du langage et didactique, nous intervenons au sein d'équipes pluri-catégorielles pour former de futurs professeurs. Nous avons développé une culture de la formation professionnelle à travers des mutualisations de pratiques, des formations régulières, des journées d'études et colloques, des recherches collaboratives. Convaincus de la nécessité de faire évoluer la professionnalité enseignante, nous avons pris des responsabilités dans la conception et l'organisation des formations en acceptant des charges de direction, et en concevant de nouveaux diplômes pour mieux répondre aux exigences de la formation tout au long de la vie : licence pluridisciplinaire, formation de formateurs, métiers du livre jeunesse, français pour intégrer par la langue, recherche en éducation, didactique, technologie et formation.
    Aujourd'hui, notre inquiétude est grande de voir l'ÉSPE vidée de sa substance.
    Refusant d'accepter la destruction rapide d'un tel potentiel d'acteurs et d'expérience, récusant l'instrumentalisation du projet d'ÉSPÉ au profit de logiques locales et conjoncturelles alors que les enjeux sont d'une toute autre dimension, nous demandons que les ministres de l'éducation nationale et de la recherche pèsent pour que l'esprit du projet de l'ÉSPÉ soit respecté dans la plus grosse académie de France.


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